En quête de sens, un voyage au-delà de nos croyances – Marc de la Ménardière & Nathanaël Coste, 2015

1 – Présentation des auteurs

Nathanaël Coste

Nathanaël CosteGéographe de formation, Nathanaël a co-réalisé plusieurs documentaires. Il s’intéresse aux phénomènes sociaux et culturels générés par la mondialisation (Djembé : de la savane au bitume, 2003). Il réalise ensuite des films autoproduits sur des sujets liés aux modes de vie alternatifs (Agroconstruction : un brin de pratiques solidaires, 2011) mais aussi des films pour les associations qui militent pour la diffusion de l’agroécologie en milieu paysan dans le sillon de Pierre Rabhi (Les semences prennent le maquis, 2012 ; Reverdir le Sahel, 2013). La gestion collective des ressources naturelles est une autre de ses préoccupations (Eaux douces, eaux amères, 2009). Il coordonne d’ailleurs la revue spécialisée ASAinfo en tant que journaliste indépendant.

Le 28 janvier 2015 sort au cinéma son dernier film documentaire En Quête de Sens, un voyage au-delà de nos croyances produit par l’association Kamea Meah dont il est membre actif.

Marc de la Ménardière

Marc de la MénardièreDiplômé d’école de commerce et d’un master universitaire, Marc s’est d’abord investi dans la construction d’un circuit écotouristique avec des communautés indigènes de Bolivie. Puis il a travaillé comme business developper à Manhattan pour une entreprise d’agroalimentaire française. Fin 2009, il change de voie après une prise de conscience sur l’état actuel écologique de la planète. Il se lance alors dans la co-réalisation du documentaire En Quête de Sens. Il coordonne aujourd’hui le pôle inspiré du mouvement colibris.

2 – Fiabilité de la source

Nathanaël Coste a réalisé de nombreux documentaires en lien avec l’évolution de notre société et ses conséquences sur l’environnement : il a ainsi acquis une connaissance aiguë des phénomènes sociaux et environnementaux liés à la mondialisation. Diplômé d’une école de commerce et ayant travaillé dans une firme américaine, Marc de la Ménardière connaît particulièrement bien les rouages du système capitaliste actuel.

Les réalisateurs s’adressent peu souvent directement au spectateur. Lorsqu’ils le font, ils synthétisent les pensées de ceux qu’ils ont interviewés auparavant en y ajoutant subtilement leur propre avis. Ainsi, les réalisateurs construisent principalement leur message par le discours des intervenants reconnus qu’ils ont choisis pour leur notoriété et leur conviction qu’une transition écologique est nécessaire.

Les intervenants principaux sont les suivants:

  •  Vandana Shiva est une écologiste et écrivaine indienne. Elle dirige la Fondation de la recherche pour la science, les technologies et les ressources naturelles en Inde. Elle a reçu le prix Nobel alternatif en 1993.
  • Pierre Rabhi, né en Algérie, est un essayiste, agriculteur biologiste, écologiste et est fondateur du mouvement Colibris, qui a pour but « d’inspirer, relier et soutenir les citoyens engagés dans une démarche de transition individuelle et collective ». Il s’est engagé pour le développement de pratiques agricoles prenant en compte l’environnement et qui préservent les ressources naturelles, devenant une figure représentative du mouvement politique et scientifique de l’agroécologie en France.
  • Satish Kumar est un activiste indien, un avocat du désarmement nucléaire, un pacifiste et l’éditeur actuel du magasine britannique Resurgence & Ecologist.
  • Hervé Kempf, né en 1957 à Amiens, est un journaliste et écrivain français. Ancien journaliste de Courrier international, La Recherche et du Monde, il est l’actuel rédacteur en chef de Reporterre.
  • Bruce Lipton est l’auteur du livre The Biology of Belief et est un ancien chercheur à l’université de médecine de Standford.
  • Frédéric Lenoir est philosophe, sociologue, conférencier, écrivain français, et docteur de l’École des hautes études en sciences sociales. Auteur d’une quarantaine d’ouvrages, il a co-dirigé trois encyclopédies.

De plus, des citations de personnalités fortes, comme Mahatma Gandhi, Chef Seattle ou encore Victor Hugo,  rythment le film et poussent le spectateur à se remettre en question.

En conclusion, les sources me semblent  fiables et permettent de construire un discours pertinent.

3 – Résumé du film

Le film amène à remettre en cause le capitalisme et sa capacité à nous rendre heureux. Il invite à questionner le lien entre l’Homme et la nature, à mettre à mal nos croyances pour nous émanciper, à nous donner envie d’agir concrètement pour changer le système.

Le film démarre sur un constat. Le monde capitaliste est très superficiel et donne trop d’importance aux apparences : en ce sens, il est incapable de rendre l’Homme profondément heureux. De plus, le système cause de grands problèmes qu’il est incapable de résoudre (un enfant meurt de faim toutes les 6 secondes alors qu’on peut le nourrir, 50 000 espèces vivantes disparaissent chaque année, 97% de l’économie est virtuelle et ne produit pas de richesses, 85 personnes détiennent autant de richesses que 3,5 milliards).

Le pouvoir extrême des multinationales et la marchandisation de tout par celles-ci sont en grande majorité en cause de ces problèmes et sont donc vivement critiqués. Cette marchandisation sans borne mène à la surexploitation de la nature et cause alors la dégradation de nos conditions de la vie, voire leur destruction. Selon le docteur Vandana Shiva, la protection de la nature commence par la nourriture : contrôler sa provenance, la protéger des pesticides, préserver son génie génétique apparaissent comme des conditions primordiales. Revenir à un coût réfléchi et raisonnable des produits est aussi essentiel : le low cost détruit massivement la nature.

Il faut donc se rendre à l’évidence qu’il est impossible d’avoir une croissance économique illimitée dans un monde limité. Selon Satish Kumar, pour pallier à ce problème, il faut créer un nouveau système basé sur les besoins essentiels et une économie décente, locale et circulaire. Ainsi, les déchets doivent être réutilisés ; les fermiers doivent pouvoir utiliser leurs propres graines, qui ne nécessitent pas de traiter leurs champs par des pesticides ; et la Chine ne doit plus être le producteur du monde.

En plus d’être destructeur de la nature, notre système ne rend pas l’Homme heureux. En effet, le bonheur ne s’achète pas et la recherche insatiable des plaisirs semble futile. La modernité se présente donc comme une imposture : elle ne rend pas les hommes plus heureux, ni plus libres. A l’opposé de nos mentalités actuelles, le bonheur se trouve dans la sobriété.

Pour y parvenir, se reconnecter à la nature est essentiel. Dans l’évolution de l’humanité, on est passé d’un état d’intégration à la nature à un état de domination de la nature. Il est cependant possible de faire marche arrière : il est possible de se reconnecter à la nature, à un tout auquel nous faisons partie par la spiritualité et la méditation. La mécanique quantique soutient aussi l’idée d’interdépendance et de connexion de l’Homme avec le cosmos. Savoir se replacer dans l’histoire de la création, dans l’univers permet alors de s’émanciper du culte des multinationales.

Notre modèle de compétition issu de la théorie de Darwin nous mène finalement à notre propre perte. L’homme émancipé peut décider de le remplacer par un modèle où chaque individu participe à un tout pour faire émerger une nouvelle civilisation, consciente de son interdépendance et plus en phase avec la vie. L’action individuelle est importante pour faire naître cette nouvelle civilisation. Elle peut par exemple se manifester par une agriculture biologique, urbaine et productive.

Cependant, le changement prend du temps car une oligarchie diffuse certains messages (le système néo-libéral est le meilleur possible, le monde va mal mais vous ne pouvez pas le changer, la croissance et les technologies vont résoudre les problèmes de l’humanité). Le film appelle au contraire à rester confiant dans notre capacité à changer les choses et à agir en communauté. De plus, il valorise la créativité : il préconise ainsi de créer son emploi plutôt que de devenir un instrument du système.

4 – Contextualisation

Le film est sorti en 2015. La vision matérialiste et marchande, que le film combat, était alors déjà omniprésente. Les problèmes liés au capitalisme s’observaient depuis quelques années : la faim dans le monde, la disparition de la biodiversité, l’importance croissante de l’économie virtuelle, l’inégale répartition des richesses étaient déjà des phénomènes conséquents. De plus, la crise financière de 2008 avait largement mis en évidence les limites du système. L’œuvre n’est donc pas d’avant-garde même si son point de vue, qui tend à se diffuser, reste encore minoritaire aujourd’hui.

En quête de sens s’adresse au grand public. Sa diffusion s’est faite massivement grâce à la participation libre et bénévole de personnes engagées : plus de 200 000 entrées ont été enregistrées, 800 associations se sont mobilisées et 1400 ciné-échanges ont été organisés. Le documentaire est sorti en 2017 à l’international et a reçu de nombreuses récompenses. Le film est bien noté sur Allo ciné, ce qui conforte son appréciation du public.

Ainsi, l’œuvre a été très bien reçue et a eu un impact assez important pour un film altermondialiste pour lequel on peut attendre une diffusion plus confidentielle.

5 – Mots clés

Les définitions ont été prises dans le Larousse.

Capitalisme : Système de production dont les fondements sont l’entreprise privée et la liberté du marché.

Représentation : Perception, image mentale dont le contenu se rapporte à un objet, à une situation, à une scène du monde dans lequel vit le sujet.

Sobriété : Comportement de quelqu’un qui montre de la mesure, de la réserve en quelque chose.

Spiritualité : Qualité de ce qui est esprit, de ce qui est dégagé de toute matérialité.

Cosmos : L’Univers et ses lois.

Civilisation : Ensemble des caractères propres à la vie intellectuelle, artistique, morale, sociale et matérielle d’un pays ou d’une société.

6 – Analyse critique

Le plan est selon moi très logique : les différentes parties du film s’enchaînent de façon assez naturelle. En effet, le film débute sur un constat désastreux de la situation actuelle. Il poursuit donc sur une remise en question de notre système et de l’incapacité de celui-ci à nous rendre heureux. Enfin, il incite à se reconnecter à la nature, afin de s’émanciper des représentations communes et de pouvoir changer le système.

La démonstration est selon moi plutôt bien menée. Des chiffres précis appuient le constat actuel désastreux de notre société. La renommée internationale de la grande majorité des intervenants confère une réelle légitimité au film : les opinions font preuve d’objectivité et de clairvoyance. Les avis des différents intervenants se confortent et construisent un discours clair.

Cependant, la partie sur la capacité de l’Homme à se reconnecter avec la nature au moyen de la spiritualité me semble plus controversable : selon moi, la méditation, le yoga et le mysticisme ne constituent pas des moyens permettant aisément de se connecter à la nature. En effet, ces moyens me semblent réservés à des personnes déjà sensibilisées à la nature, à la spiritualité, ce qui n’est pas le cas de tous. Ainsi, l’émancipation du système capitaliste n’est pas évidente pour tout le monde. Elle dépend du niveau de connaissance, d’études, de savoirs et d’expériences de chacun et est inégale selon les individus et groupes sociaux. Amorcer une transition écologique peut donc prendre plus de temps selon les individus et groupes sociaux. Pour autant, elle apparaît absolument nécessaire pour pouvoir construire un nouveau système. La question de la capacité de changement de notre monde ne me semble  donc pas totalement résolue dans le film.

Cependant, les citations de personnes connues poussent le spectateur à se remettre en question, à se poser des questions sur notre système. Elles contribuent à inciter le spectateur à réfléchir par lui-même, à creuser les questions essentielles, à changer ses représentations archaïques du monde. Le film comporte aussi une vision optimiste de l’avenir en présentant des alternatives réalistes et dont la mise en place rendrait l’Homme plus heureux : il crée donc une dynamique positive qui pousse à faire évoluer la société.

Ce film présente de manière convaincante un idéal à atteindre. Mais il a dû mal à aborder des solutions simples, qui pourraient être mises en œuvre tous les jours pour amorcer la transition écologique par tous. Amorcer le changement par des gestes simples du quotidien me semblerait  efficace comme démarche. En effet, les directives principales sont données mais elles manquent parfois d’exemples concrets. Que veut dire créer une économie décente, locale et circulaire ? C’est produire et consommer localement, c’est acheter des produits respectueux de l’environnement, c’est trier ses déchets. Que veut dire « être créatif » ? Cela peut être de créer son propre emploi mais de façon plus mesuré, cela peut aussi être d’agir dans son travail actuel de façon raisonnée. En conclusion, ce film présente une vision qui me semble très idéaliste, qui peut être stimulante, mais qui peut aussi décourager certains devant l’ampleur du changement que le film propose.

7 – L’apport à ma réflexion de futur professionnel

Ce film me pousse à donner du sens aux actions que je ferai dans mon futur emploi, ou encore mieux à trouver un emploi qui respecte la vie, le bien être des sociétés et le mien. Marc a justement débuté l’aventure, que représente ce film, en se rendant compte que son travail n’avait aucun sens. Il servait uniquement les intérêts d’une entreprise et contribuait à la destruction de la planète. Je débuterai mon emploi en ayant  mieux conscience de l’importance de chacune de mes actions individuelles ; le film insiste sur le fait que chacun est acteur du changement.

Je pense que le film insiste aussi beaucoup sur l’importance d’une économie circulaire. Contribuer au développement d’une entreprise ne consiste pas seulement à vendre plus. Une entreprise doit aussi prendre en compte les questions environnementales dans son développement. Développer une entreprise, c’est aussi améliorer sa capacité à s’intégrer dans une économie locale et circulaire par l’utilisation de produits recyclables en tant qu’ingénieur en recherche, par l’emploi de salariés dans le pays même en tant que manager. Une entreprise doit se construire durablement et doit profiter à la société, plutôt que de l’appauvrir. Et c’est ce que doit rechercher un employé dans son travail.

8 – Choix d’un extrait

Extrait.png

Mon extrait va de 20:19 à 21:14. Cet extrait dénonce sévèrement notre mode de vie actuel, qui est fondamentalement basé sur la recherche insatiable des plaisirs. Cette recherche me semble être la cause principale des problèmes de notre système. En effet, la recherche insatiable des plaisirs pousse à consommer de façon illimité : cette recherche ne pouvant nous satisfaire n’admet jamais de fin. Elle représente aussi un cercle vicieux : plus je consomme, plus je suis déçu de mon incapacité à atteindre le bonheur et plus j’ai envie de consommer pour compenser mon malheur.

Cette recherche insatiable des plaisirs est aussi la raison principale de notre compétition sans fin. Dans notre société occidentale, se faire plaisir coûte souvent de l’argent. La recherche des plaisirs pousse ainsi l’Homme à vouloir gagner toujours plus d’argent. Pour cela, ils doivent être moteur de leur entreprise et poussent à de nombreux travers : pousser à une consommation excessive des produits de leur entreprise, produire à bas prix quelque soit l’impact environnemental et social, se passer de toute éthique.

Pour répondre à la recherche insatiable des plaisirs, Satish Kumar prône un mode de vie de contentement pour atteindre le bonheur. Le bonheur se trouve dans le contentement, il ne nécessite pas la possession de beaucoup de choses. Selon moi, la compréhension de ce principe est essentielle pour pouvoir fonder une nouvelle civilisation. Comprendre que consommer moins et se contenter de ce que l’on a peut rendre heureux est une façon optimiste d’envisager un avenir plus respectueux de l’environnement.

9 – Références associées

Les références associées peuvent être les documentaires suivants :

  • Let’s Make Money (Erwin Wagenhofer, 2008), qui décrit le pouvoir de la finance internationale.
  • The story of stuff (Louis Fox, 2007), un film d’animation qui décrit la production linéaire des biens… et des déchets et qui défend l’idée d’économie circulaire.
  • The Corporation (Mark Achbar, Jennifer Abbott, 2003), qui montre comment la recherche du profit est devenue la priorité des sociétés anonymes.

 

Par Gauthier Belpaire, le 17/04/2018

 

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