Solutions locales pour un désordre global – Coline Serreau, 2010

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SERREAU, Coline (réalisatrice), Solutions locales pour un désordre global [DVD], Memento Films Distribution et Éditions Montparnasse, 2010, 113 minutes

La réalisatrice

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Coline Serreau

 

Ce documentaire a été réalisé par Coline Serreau, une actrice, réalisatrice, scénariste et compositrice française née le 29 octobre 1947 à Paris. Fille de l’écrivain Geneviève Serreau et du metteur en scène Jean-Marie Serreau, Coline Serreau possède un bagage artistique étendu puisqu’elle a effectué des études de Lettres, a fréquenté le conservatoire de musique et l’école du cirque d’Annie Fratellini (où elle apprend le trapèze).

En 1975, elle se lance dans la réalisation cinématographique et connaît un vrai succès auprès de la critique en 1977 avec son film Pourquoi pas ! .

En 1985, elle écrit et dirige le film Trois hommes et un couffin. Avec plus de 12 millions d’entrées, il compte parmi les records du nombre d’entrées pour un film français. Elle réalise ensuite La Crise (César du cinéma du meilleur scénario), 18 ans après et Solutions locales pour un désordre global en 2010.

Elle a également joué dans de nombreux spectacles de théâtre qu’elle a écrits ou non : Lapin Lapin , Quisaitout et Grobêta (cinq Molières)… Elle a composé la musique de quelques-uns de ses films et dirige également la Chorale du cinéma des cinéastes.

Le 14 juillet 2004, elle est élevée au grade de chevalier de la Légion d’honneur par le président de la République de l’époque, Jacques Chirac.

Fiabilité de la source

Coline Serreau n’a aucun diplôme lié à l’agriculture, la microbiologie ou tout autre domaine évoqué dans le film et n’intervient ainsi jamais pour donner son témoignage ou commenter les solutions proposées par les personnes qu’elle rencontre au fil du documentaire. En revanche, les solutions proposées dans le film sont crédibles car elles sont toutes des témoignages de personnes qui les appliquent au moment où elles en parlent. Ce ne sont pas des idées utopiques proposées par des individus qui ne sont pas spécialisés dans les domaines qu’ils évoquent, mais bien des alternatives concrètes et déjà testées et mises en œuvre par des professionnels.

En revanche, Coline Serreau a déclaré au sujet du film : « Les films d’alerte et catastrophistes ont été tournés. Ils ont eu leur utilité, mais maintenant il faut montrer qu’il existe des solutions, faire entendre les réflexions des philosophes et économistes, qui, tout en expliquant pourquoi notre modèle de société s’est embourbé dans la crise écologique, financière et politique que nous connaissons, inventent et expérimentent des alternatives. ». Ainsi, l’objectif de la réalisatrice était de montrer qu’il existait des solutions aux problèmes environnementaux et sociétaux actuels. On peut alors lui reprocher de n’avoir que très peu montrer les limites de ces alternatives qui existent pourtant bel et bien.

Enfin, le film ne donne jamais la parole à des industriels ou à des membres du gouvernement, qui sont pourtant critiqués à de nombreuses reprises. Il faut donc prendre ces critiques avec un certain recul, car les personnes attaquées ont peut-être des arguments pour se défendre.

Résumé

Caméra au poing, Coline Serreau a parcouru le monde à la rencontre de femmes et d’hommes de terrain qui expérimentent un peu partout, avec succès, de nouveaux systèmes de production agricole, réparent les dégâts environnementaux, et participent à garantir une sécurité alimentaire pour tous. Dans la suite, nous n’allons pas donner une liste exhaustive de toutes les solutions proposées, mais uniquement présenter celles qui ont un lien avec l’électif « Ville, climat et société : les liaisons dangereuses ».

Un des problèmes évoqués dans le documentaire concerne la disparition de variétés anciennes de fruits et légumes au profit d’hybrides F1. En effet, il existe un catalogue des semences pouvant être échangées et commercialisées légalement. Cependant, la majorité de ces semences sont des hybrides F1. Or ces hybrides posent de nombreux problèmes. Tout d’abord, ils nécessitent bien plus de pesticides et d’eau que la majorité des variétés anciennes. Ils sont donc une source importante de pollution, ont un impact direct sur le paysage car ils nécessitent des aménagements pour mettre en place les systèmes d’irrigation et épuisent bien plus rapidement les réserves d’eau. La présence d’eau étant l’un des facteurs influençant la température, ces hybrides ont un impact direct sur le climat. De plus, ces hybrides, par définition stériles ou dégénérescents, obligent l’agriculteur à en racheter tous les ans. C’est un effet pervers car, si ces semences semblent rentables à court terme, elles ne le sont en réalité pas à long terme car l’agriculteur doit non seulement dépenser des sommes d’argent importantes pour les pesticides, les engrais et l’eau, mais il ne devient en plus jamais propriétaire de ses cultures. Cela pose ainsi les semences comme un enjeu sociétal important.

Pour remédier à ce problème, de nombreuses associations comme Kokopelli (fondée en 1999 par Dominique Guillet), la ferme de Sainte-Marthe ou des banques de semences collectives en Inde ont pour but de cultiver des variétés anciennes et de donner gratuitement des graines aux paysans ou à des associations non gouvernementales. Ces initiatives permettent aux agriculteurs de devenir indépendants et d’être rentables à long terme. Cependant, cette solution a ses limites : certaines des graines distribuées ne figurent pas dans le catalogue, et les associations se retrouvent ainsi paradoxalement hors-la-loi. Il semble alors nécessaire de revoir ces réglementations.

Un autre problème mis en lumière dans le documentaire concerne la façon dont il faut gérer l’agriculture pour nourrir toute la population mondiale. En effet, depuis la Révolution verte (période durant laquelle il y a eu d’importants progrès scientifiques et techniques réalisés dans le domaine de la chimie et des engins agricoles, de 1960 à 1990), l’agriculture s’est intensifiée, ce qui a eu pour conséquence l’épuisement des sols, dont beaucoup sont aujourd’hui infertiles et nécessitent l’apport d’engrais. L’agriculture est alors désormais majoritairement artificielle, basée sur une ressource quasiment épuisée, le pétrole. Pourtant, les cultures sans pesticide ni labour portent leurs fruits. Par exemple, l’Ukrainien M. Antoniels pratique une agriculture sans pesticide, basée sur la rotation des cultures et n’utilise que des engrais végétaux depuis 1978. Et les résultats sont concluants puisqu’il obtient régulièrement les meilleurs résultats de son district. Ainsi, de nombreux scientifiques, comme Emmanuel Bailly, ingénieur en environnement, pensent que l’agriculture devrait être bien plus locale : les Français devraient cultiver leur propre champ. Cette solution impliquerait alors un réaménagement des villes, puisque chaque citadin devrait détenir une parcelle pour cultiver sa propre nourriture, mais aussi un bouleversement de l’organisation de la société puisque les Français devraient cumuler deux emplois : leur emploi actuel et celui d’agriculteur.

Finalement, toutes les solutions proposées visent à cesser l’emploi de pesticides, qui reste encore l’un des principaux problèmes en matière de santé publique.

Contexte

Ce documentaire a été réalisé en 2010, c’est-à-dire à une époque où venaient de paraître plusieurs films catastrophiques au sujet de la société et de l’environnement. Son but était alors de montrer pourquoi la société était confrontée à ces nombreux enjeux mais surtout qu’il existait des solutions. S’adressant donc au grand public, ce film a été vu par près de 125 000 spectateurs au cinéma.

Les critiques sont variables mais plutôt positives : le film obtient une note de 4/5 par les spectateurs sur AlloCiné, ce qui montre une bonne réception, et une note de 3,3/5 par la presse sur AlloCiné, avec des critiques très nuancées. En effet, si le journal 20 Minutes apprécie le côté informatif du film en déclarant : « Informer sans culpabiliser semble avoir été la devise de Coline Serreau qui signe une œuvre tonique dont on ressort, au choix, avec la pêche ou la banane. », Ouest France reproche, pour sa part, l’enchaînement lassant des témoignages et affirme : « Un documentaire nourri des meilleures intentions mais plus souvent fastidieux que séduisant » (Source : http://www.allocine.fr/film/fichefilm-146945/critiques/presse/, consulté le 13 décembre 2017).

Enfin, ce film ne peut pas vraiment être qualifié d’avant-gardiste car les enjeux évoqués l’avaient déjà été dans d’autres œuvres plus anciennes. En revanche, on peut tout de même souligner que certaines des solutions proposées, comme le fait que l’agriculture nécessiterait une relocalisation et que les citadins devraient aussi devenir des agriculteurs, sont des alternatives qui n’était que très peu évoquées en 2010 et qui ne le sont pas plus encore aujourd’hui. Seul le temps nous dira si ces alternatives verront le jour et si ce documentaire pourra être considéré comme avant-gardiste concernant ces solutions…

Mots clés

  • Agroécologie : Mode de production agricole prenant en compte la protection de l’environnement et le respect des ressources naturelles.
  • Biopesticide : Bactérie produisant des toxines capables de détruire certains insectes sans risque pour l’environnement.
  • Effet pervers : Effet dont les conséquences sont contraires aux résultats désirés et attendus.
  • Hybride F1 : Produit de croisement entre deux lignées pures obtenues par autofécondation artificielle.
  • Microbiologie : Ensemble des disciplines biologiques (bactériologie, mycologie, virologie et parasitologie) qui s’occupent des micro-organismes.
  • Systémique : Se dit d’une approche scientifique des systèmes politiques, économiques, sociaux, etc., qui s’oppose à la démarche sectorielle en abordant tout problème comme un ensemble d’éléments en relations mutuelles.

Inspiré du Dictionnaire Larousse

Analyse critique

Ce documentaire est basé sur une succession de propos de spécialistes soulignant les problèmes sociétaux, environnementaux et économiques actuels, et de témoignages de paysans venant des quatre coins du monde présentant leurs solutions. Le plan paraît alors assez flou, et après avoir vu le documentaire, je trouve qu’il est assez difficile de se remémorer tous les problèmes évoqués, car même s’il faut reconnaître que certains problèmes sont liés, la plupart sont traités simultanément dans le film. Peut-être qu’une division du film en plusieurs chapitres aurait facilité sa compréhension.

Concernant sa démonstration, je trouve qu’il est pertinent d’aller recueillir des témoignages un peu partout dans le monde. En effet, certains films se cantonnent à évoquer des problèmes et interroger des spécialistes pour qu’ils présentent les solutions qui leur sembleraient les plus efficaces pour remédier à la situation. Sauf que les solutions qu’ils proposent n’ont souvent jamais été testées, et nul ne sait alors si ces solutions peuvent réellement être efficaces. A l’inverse, Coline Serreau va sur le terrain pour nous présenter des alternatives déjà expérimentées par des paysans, qui ont donc fait leurs preuves. De plus, des agriculteurs ont des origines diverses, ce qui montrent que leurs solutions ont été validées par plusieurs personnes et qu’elles peuvent être appliquées à différents endroits de la planète. Le spectateur est donc plus à même d’être convaincu par ces alternatives.

En revanche, l’argumentation générale est pour moi à prendre avec des pincettes. En effet, de nombreux spécialistes dans le film portent des attaques virulentes à l’encontre des industriels et du gouvernement. Je ne remets pas en cause ces critiques mais je trouve regrettable qu’il n’y ait aucun témoignage de ces personnes critiquées. Il faudrait bien entendu contextualiser leur parole, ne pas oublier de montrer leur dépendance au système qu’elles défendent. Mais dans ce documentaire, le spectateur, qui n’entend que les arguments des opposants à l’agriculture intensive, sera probablement lui aussi du même avis à la fin du film puisqu’il n’aura entendu que les arguments de ce parti. Je reconnais cependant que ce film avait pour but d’être militant et de donner la parole à des acteurs minoritaires, qui ont moins l’occasion de défendre leurs intérêts que des gros groupes d’industriels. D’autant plus qu’à l’époque où ce documentaire a été tourné, les critiques de l’agriculture productiviste restaient très marginales.

Concernant les résultats, la majorité des témoignages tendent à prouver la nécessité de se passer des pesticides, OGM et plus généralement de l’agriculture intensive. Ils montrent de plus l’efficacité d’une agriculture biologique et locale, qui est bénéfique pour l’environnement et le climat. Cependant, bien que ces alternatives soient productives à petite échelle, dans certaines régions ou pour certains paysans, je pense qu’il est légitime de se demander combien d’entre elles peuvent réellement être étendues à grande échelle. Car la majorité des solutions nécessiteraient non seulement un bouleversement des pratiques agricoles, mais aussi un réarrangement des villes. Il serait maintenant intéressant de s’interroger sur le coût, en temps et en argent, de ces solutions, et de savoir si la population mondiale est vraiment capable de supprimer l’agriculture intensive pour repasser à une agriculture biologique comme elle la pratiquait auparavant.

Réflexion personnelle 

Ce documentaire souligne de nombreux enjeux actuels liés aux villes, au climat et à la société. Il montre que l’agriculture impacte directement sur ces trois domaines. En effet, l’agriculture moderne, qui s’est intensifiée depuis la Révolution Verte, a impliqué un réarrangement des cultures mais aussi de toute la société car les produits ne sont désormais plus commercialisés que localement, ils sont exportés à l’échelle mondiale. Ce film m’a alors fait réaliser l’interdépendance des pays au niveau des ressources alimentaires, puisque la majorité d’entre eux doivent importer une grande quantité de leurs produits de consommation. De plus, cette culture intensive et ces exportations ont un fort impact sur le climat, puisqu’ils nécessitent beaucoup d’eau, facteur abaissant la température, et puisent dans les ressources fossiles pour faire fonctionner les engins agricoles et transporter les aliments. Je comprends alors désormais l’importance et l’urgence de revoir notre agriculture, pour ne pas dérégler le climat et pouvoir continuer à cultiver en utilisant des énergies renouvelables.

J’ai aussi réalisé que la question de santé publique est au cœur des débats, non seulement lorsqu’on traite de l’utilisation de produits chimiques comme les pesticides, mais aussi pour justifier pourquoi certaines variétés anciennes ne figurent pas dans le catalogue des semences et ne peuvent donc pas être commercialisées. A entendre les agriculteurs qui veulent préserver les variétés anciennes, l’argument de santé publique ne serait d’ailleurs qu’un prétexte, la vraie raison pour laquelle il n’y aurait pratiquement que des hybrides F1 dans le catalogue serait parce que leur besoin en pesticides et leur stérilité les rendraient plus lucratifs pour les industriels et les vendeurs de semences. Cela me montre donc aussi qu’il existe aujourd’hui un duel entre santé publique et marchés lucratifs, et qu’il sera très difficile de rendre l’agriculture meilleure pour notre environnement et notre société tant que les industriels et le gouvernement n’y trouveront pas leur compte en termes de rentabilité et de croissance économique. C’est alors finalement le choix du consommateur qui est déterminant car c’est lui qui dicte la demande et qui est donc capable de rendre un marché rentable pour les industriels. La transition écologique et la préservation de la qualité environnementale dépendent donc de nos choix et de notre mode de vie.

Enfin, je comprends un peu mieux l’une des facettes de mon futur métier d’ingénieure. Un ingénieur doit non seulement proposer des solutions pour améliorer les conditions de vie des hommes, tout en préservant leur santé et l’environnement, mais ces solutions doivent aussi satisfaire les entreprises qui les commercialiseront. Il faut donc réussir à leur faire comprendre que les solutions proposées pour limiter les dégradations environnementales et les changements climatiques leur sont aussi bénéfiques, puisque ces derniers impactent négativement la productivité économique. Sinon, les solutions peuvent aussi être imposées par la loi, mais cela reste difficile car les gouvernements semblent particulièrement attentifs aux demandes des gros industriels.

Extrait choisi

J’ai choisi un passage qui commence à 1h10min54 et qui finit à 1h15min10.

Cet extrait traite des variétés anciennes de fruits et légumes qui ont disparu au profit des hybrides F1. Il est particulièrement intéressant car il aborde de nombreux enjeux actuels.

Tout d’abord, la majorité des semences présentes dans le catalogue, et donc préconisées par la loi, sont des hybrides F1. Or ces hybrides nécessitent bien plus d’eau et de pesticides que les variétés anciennes. Ainsi, ils ont un fort impact sur le climat en diminuant considérablement les réserves d’eau, mais aussi sur les aménagements car ils nécessitent tout un système d’irrigation et sur la société car les pesticides sont mauvais pour la santé.

De plus, les agriculteurs, obligés d’acheter majoritairement des hybrides, ont laissés tomber les variétés locales qu’ils cultivaient avant. Or ces variétés étaient bien adaptées au climat contrairement aux hybrides. Ces derniers doivent donc recevoir encore plus de soins que les variétés anciennes, qui se traduisent par un ajout d’engrais chimiques, obtenus grâce au pétrole. Les hybrides épuisent donc de plus les ressources fossiles.

Enfin, dernier sujet traité, les rapports entre multinationales et gouvernement. Les multinationales semblent en effet influencer considérablement les choix du gouvernement, et donc indirectement toute la société, mais aussi le climat.

Cet extrait est source de nombreux débats. On pourrait par exemple se demander s’il est possible de boycotter les multinationales qui cultivent les hybrides au profit d’exploitations locales qui préservent les variétés anciennes mais aussi le climat.

Références associées

ROBIN, Marie-Monique (réalisatrice), Le monde selon Monsanto [DVD], ARTE France Développement, 2008, 109 minutes

SAPORTA, Isabelle, Le livre noir de l’agriculture, J’AI LU, « J’ai lu Document », 2013, 219 pages

CAPLAT, Jacques, Changeons d’agriculture : Réussir la transition, Actes Sud, « Domaine du possible », 2014, 151 pages

 

Par Laura Knecht, le 17.04.2018

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