Tout s’accélère – Gilles Vernet, 2016

Le réalisateur, Gilles Vernet

vernetAncien trader, Gilles Vernet a travaillé dans les années 1990 dans les plus grandes banques internationales. Vivant à un rythme frénétique, il a tout quitté en 2001 après avoir appris que sa mère était atteinte d’une maladie incurable.

Ce saut dans le vide l’a emmené à se recentrer sur ses passions : l’écriture et la transmission. Il a écrit des scénarii pour la télévision (dont Joséphine Ange Gardien) et s’est lancé dans une carrière d’instituteur.

En partageant ses interrogations avec ses élèves, il a été sidéré par la justesse de leurs réflexions et a décidé de filmer cette classe multiculturelle, symbole de l’école Républicaine, qui livrait une image bien plus optimiste que celle véhiculée parfois par les média.

Gilles Vernet donne aujourd’hui des conférences sur ce sujet (Engie, Insead, Orange, HSBC…). Il a écrit deux livres, Maman mourra un jour et Tout s’accélère – Comment faire face à l’emballement du monde ? qui sont sortis au printemps 2017.

Sources : – https://toutsaccelere.com/le-realisateur/
https://www.francetvinfo.fr/sante/psycho-bien-etre/burn-out/burn-out-gilles-vernet-le-trader-devenu-maitre-d-ecole-a-mi-temps_1316165.html

Fiabilité de la source

Passionné de longue date par la question du temps et du développement exponentiel de la modernité, c’est la lecture du livre Accélération d’Hartmut Rosa (paru en 2010) qui a poussé Gilles Vernet à réaliser un film sur ce sujet. Mais Hartmut Rosa n’était pas le premier à parler de l’accélération des rythmes individuels et sociaux. Ainsi, dans la comédie dramatique Les Temps Modernes (1936), Charlie Chaplin met en scène sa lutte pour survivre dans un monde industrialisé qui va trop vite. Peu de temps après, en 1941, c’est au tour de Paul Morand de dénoncer l’accélération de la société dans son roman L’Homme pressé.

Néanmoins, Hartmut Rosa a été le premier à proposer une analyse philosophique de ce phénomène, dont Gilles Vernet avait pris conscience lors de ses années dans la finance.

Cinq spécialistes viennent enrichir la réflexion et nous apporter des clés de compréhension : Nicolas Hulot, Etienne Klein (actuellement directeur de recherche au CEA), Nicole Aubert (Professeur émérite à l’ESCP, psychologue et sociologue spécialiste des questions d’organisation des entreprises), Hartmut Rosa (a écrit le livre Accélération) et Jean-Louis Beffa (après en avoir assumé la direction pendant plus de trente ans, Jean-Louis Beffa est aujourd’hui président d’honneur de Saint-Gobain).

Résumé

Les élèves d’une classe de CM2 du 19e arrondissement de Paris tentent de comprendre avec leur maître, Gilles Vernet, les raisons d’un paradoxe : malgré tous les signaux démontrant que l’on touche aux limites du système (environnementales, psychologiques, sociales ou financières), loin de décélérer, nous accélérons davantage. Avec leur vision d’enfants, ils nous livrent une nouvelle lecture du monde et du temps.

Captivé par plusieurs débats avec eux à la suite de la lecture du livre d’Hartmut Rosa, avec son équipe, leur maître a décidé de filmer cette classe d’exception. Les élèves s’interrogent sur le rôle de l’argent, sur la volonté de puissance, sur le goût pour les sensations fortes et sur notre rapport à la mort qui nous poussent à accélérer. En outre, les cinq spécialistes cités précédemment viennent enrichir la réflexion.

Il y a 5 thèmes principaux évoqués. Le premier est l’accélération. Les enfants montrent qu’ils sont conscients que notre monde va de plus en plus vite : « Ben c’est-à-dire que moi qui joue dans un club de foot, j’ai remarqué que toutes les semaines y’a des nouvelles chaussures qui sortent, les jeux vidéos ça sort tous les mois, ben tout accélère et tout sort de plus en plus vite », nous dit Baudry, 11 ans.
Harmut Rosa explique que depuis la révolution industrielle, le monde est pris dans une spirale d’accélération sans précédent, née de la conjugaison des accélérations démographiques, économiques, technologiques et sociales. Selon lui, le fait d’aller toujours plus vite n’est pas naturel : car la nature a ses propres rythmes, de reproduction notamment. Donc le problème n’est pas que nous coupions des arbres dans la forêt amazonienne, mais que nous les coupons trop vite pour qu’ils se reproduisent

Le deuxième thème évoqué est « le mur de l’exponentiel », pour lequel Nicolas Hulot explique qu’il y a toujours eu des grandes périodes glacières, puis des périodes de réchauffement, etc. Le problème c’est que ces changements sont trop rapides aujourd’hui : ces changements qui normalement se manifestent sur des dizaines ou des centaines de milliers d’années, peuvent se provoquer en quelques décennies.

Gilles Vernet questionne ensuite ses élèves sur la volonté de puissance. Bouna, élève, commente alors : « Si tous les pays se contentaient de ce qu’ils avaient, ben ce serait bon. Mais forcément tout le monde veut toujours plus et donc comme les autres ont plus, nous aussi on veut plus – en gros l’herbe est toujours plus verte ailleurs – et à la fin ça va stopper et tout le monde redescendra ».
Ce phénomène est repris par Nicole Aubert, qui souligne que cette volonté de puissance vient du fait que nous remettons constamment en cause l’excellence : nous avons du mal à nous satisfaire de ce que nous avons.

La question du temps est ensuite évoquée. Même dans la tête des élèves, le temps est synonyme d’argent. Etienne Klein va plus loin ; selon lui, nous faisons face à une crise de la patience. Nous voulons tout immédiatement. Nous sommes guidés par une logique d’urgence.

Enfin, Gilles Vernet termine son documentaire en exploitant les moyens de faire Autrement. Il en conclut que si nous n’arrivons pas à trouver du temps pour l’essentiel, ce que nous appelons « essentiel » l’est-il vraiment ?

Les élèves de la classe sont issus de tous les horizons économiques et culturels. A travers leur diversité ils s’enrichissent mutuellement, emportant leur maître et le spectateur dans une forme de fascination nostalgique pour la pensée limpide et pure de l’enfance

Voyage pédagogique, philosophique et onirique, ce film porté par la musique de Sébastien Dutertry vise à éveiller les consciences et les sens pour nous permettre de penser d’autres possibles, à titre individuel et collectif.

Contextualisation

Le documentaire a été tourné en 2016 et s’adresse au grand public. Gilles Vernet invite les spectateurs à se questionner sur notre monde actuel, en le comparant avec la nature dont nous sommes issus. L’œuvre vient dans un temps où le capitalisme domine la société, et porte un regard critique sur notre système. Je ne pense pas que l’œuvre soit avant-gardiste, mais elle pousse au contraire à réfléchir sur des questions existentielles essentielles et de bon sens finalement : quelles sont nos priorités ? Quel est notre rapport au temps ? A la mort ? Que pensons-nous du système économique actuel ? Nous est-il adapté ? Il y a eu environ 20000 entrées.

Mots-clés

Temps (nom masculin) : Notion fondamentale conçue comme un milieu infini dans lequel se succèdent les événements. Mouvement ininterrompu par lequel le présent devient le passé, considéré souvent comme une force agissant sur le monde, sur les êtres. Durée plus ou moins définie, dont quelqu’un dispose.

Urgence (nom féminin) :  caractère de ce qui exige d’être réglé sans délai, nécessité d’agir vite.

Capitalisme (nom masculin: Système économique caractérisé par la concentration de gros capitaux en vue de promouvoir la production et les échanges commerciaux. Système économique et social qui se caractérise par la propriété privée des moyens de production et d’échange et par la recherche du profit. Système de production dont les fondements sont l’entreprise privée et la liberté du marché.

Accélération (nom féminin) : Fait de devenir plus rapide, d’être accéléré ou de s’accélérer.

Puissance (nom féminin) : La puissance est le pouvoir de faire quelque chose, d’imposer son autorité, de dominer, d’avoir une grande influence.

Source : dictionnaire Larousse en ligne et dictionnaire du Trésor de la Langue Française

Analyse critique

Dans une interview donnée après le tournage, Gilles Vernet a souligné : « Une classe comme celle-là, on en rencontre très rarement dans une carrière d’enseignant ». Doués d’une incroyable capacité à philosopher, ces élèves proposent une réflexion sur le temps qui laisse plus d’un adulte pantois.

Les générations futures sont souvent citées comme les victimes de notre développement exponentiel mais elles sont rarement consultées. Je trouve que solliciter l’avis des enfants sur ces questions est à la fois légitime et porteur de sens. Notre avenir en dépend, et c’est à nous d’agir pour changer les choses. Le film insiste aussi sur le côté optimiste de la jeune génération, bien qu’elle soit parfaitement consciente des problèmes.

J’ai particulièrement apprécié deux points dans ce documentaire. Le premier est le côté optimiste, qui est, je pense, trop peu mis en avant dans les médias aujourd’hui. Certains documentaires ne se focalisent que sur les problèmes environnementaux en eux-mêmes, il en résulte un sentiment d’impuissance partagé par tous, et qui, aussi paradoxal que cela puisse paraître, décourage la population d’agir.

Le deuxième point que j’ai apprécié est qu’il invite à se questionner sur des problèmes très simples, qui sont à la base de ce que tout homme recherche par-dessus tout : le bonheur. Par leur analyse simpliste de la vie, mais non pour le moins réaliste, ils invitent le spectateur à comprendre qu’il faut revenir à la base de la vie. Etre heureux est possible si nous écoutions et analysions ce qui nous a fondé : la nature.

Les témoignages apportés par les 5 « experts » sont également très intéressants et viennent renforcer la réflexion. La forme utilisée est également à mettre en lumière : Gilles Vernet a tenu à mettre les remarques des enfants à la base des réflexions sur les différents thèmes : ce sont eux qui s’expriment d’abord, puis les intervenants rebondissent sur ce qui a été dit.

Si je devais critiquer ce documentaire, je dirais que trop peu de solutions concrètes sont mises en avant. Quelles seraient les alternatives à notre système économique ? Comment les mettre en place ? Par exemple, le principe de la monnaie locale peut être envisagé, elle n’est pourtant pas évoquée.

De même, je trouve que les conséquences du fait que nous allions trop vite ne sont pas suffisamment analysées.

Je trouve néanmoins que c’est un bon documentaire dans l’ensemble et je le conseille vivement.

Réflexion personnelle

La question du temps est primordiale pour tous. Je pense que quel que soit notre métier, il est important de se poser un instant et de définir ses priorités. Il ne faut pas aller trop vite au point d’en oublier l’essentiel. Je ne sais pas encore si je serai ingénieur, mais dans tous les cas, je m’imposerai des limites entre le travail et la vie personnelle.

C’est aussi un documentaire qui invite à se questionner sur les conséquences de ses actes. Il est par exemple important d’être conscient de l’impact que l’on peut avoir sur le système économique ou sur la planète.

Extrait

C’est un extrait de Nicolas Hulot qui raconte une anecdote sur un homme venu en France, qui traverse un tunnel en voiture alors que le tunnel n’existe pas dans son pays puisque les montagnes sont sacrées. Alors le « chaman » demande au français pourquoi ils creusent des tunnels ? Le français répond que c’est pour aller plus vite. Le chaman s’étonne:

 » – Mais pour aller plus vite où ?

– Et bien pour aller plus vite, plus loin

– Mais plus loin jusqu’où.. ? »

Références associées

Le monde a-t-il un sens ?

Livre écrit par Jean-Marie Pelt et Pierre Rabhi, publié en 2014. Formidable   explication du vivant et des liens qui lient tous les êtres.

Slow attitude !: Oser ralentir pour mieux vivre

Livre écrit par Sylvain Menétrey et Stéphane Szerman et publié en 2013. Qu’ont en commun les lasagnes « pur bœuf » à la viande de cheval, les suicides en entreprises et la crise des subprimes ? Ces trois scandales témoignent d’un monde qui, à force de chercher le profit immédiat, entraîne consommateurs, salariés ou épargnants dans une course folle à travers des circuits industriels mondialisés d’une complexité kafkaïenne.

 

Par Arthur Gosset, le 17.04.2018

 

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