Tiers-lieux: des modèles de transition sociale et écologique ?

Résumé du travail de Julien Picard, Nils Hornet et Valentin Antonio par Gwenaël Leprince-Maillère sur les tiers-lieux. Le travail complet est disponible ici.

Introduction

C’est en 1989 qu’apparaît la notion de tiers-lieu créé par le sociologue américain Ray Oldenburg. Ces lieux, peu formels, se développent avec succès au fil des années, en incarnant un nouveau mode de vie et de pensée. À la frontière entre l’espace public et privé, entre le domicile et le travail, entre les sphères personnelles et collectives, le tiers lieu est propice aux échanges, au partage et à la créativité. Tous unique, la définition de tiers-lieu est large et ouverte. Ainsi, la forme, le but ou encore le public peut varier entre deux tiers-lieux

Tout au long du présent document, nous allons explorer les concepts, les idées qui se cachent derrière les multiples facettes des tiers-lieux. Notamment à travers quelques exemples rencontrés en France, l’étude tend à vérifier si le concept de tiers-lieu peut jouer un rôle majeur dans les transitions sociales et environnementales à venir.

Le tiers-lieu : une entité à part entière

Comme vu précédemment, la définition du tiers-lieu est large. L’objet “tiers-lieu” est donc abstrait mais son existence témoigne bien de “la nécessité de nommer quelque chose dont la présence se fait sensiblement ressentir”. La notion de tiers-lieu est donc issue de l’absence de contours précis plutôt que d’un objet. Malgré ce caractère abstrait, les tiers-lieux sont bien réels en possédant un emplacement physique et permettant l’accueil de personne.

Un tiers-lieu, c’est aussi une histoire de lien et de personnes. Ainsi, les initiateurs, les participants mais aussi les instances publiques peuvent y interagir. Cette dimension publique fait des tiers-lieux des éléments à part entière du maillage culturel d’une ville. Basé sur le sentiment d’appartenance, les liens qui se développent entre les acteurs peuvent être étroits et sont donc propices aux échanges et au partage de connaissances. Ainsi, aussi vaste cette définition des tiers-lieux soit-elle, les concepts de lien social et de communauté y ont leur place.

Un tiers-lieu s’installe, comme son nom l’indique, dans un certain lieu, même temporairement. Le lieu incarne donc physiquement le tiers-lieu qui l’occupe, du moins à un instant donné. Souvent, basé dans des vieux bâtiments inutilisés, les tiers-lieux sont adaptables et se déplace parfois dans d’autres emplacements. Ainsi, on peut citer l’exemple de la Friche de la Belle de Mai. Ce tiers-lieu s’est implanté en 1992 dans l’ancienne manufacture des tabacs de Marseille. Ce lieu autrefois abandonné est ainsi devenu un des lieux culturels majeurs de la cité phocéenne.

Ce lieu peut cependant être virtuel, sans réelle consistance physique. Mais il possède tout de même un certain emplacement sur le Web. Dans ce cas, le lien persiste entre les protagonistes du tiers-lieu et assure le développement d’une certaine communauté.

En raison de leur grande diversité, une classification est parfois nécessaire. Parmi les éléments de différenciation on retrouve la temporalité (éphémère ou pérenne), les objectifs et actions (éducatif, culturel, travail, fablab, agricole ou encore libre).

De Bordeaux à Nantes : quelques exemples de tiers-lieux

Parce que le terme de “tiers-lieu” couvre des ensembles divers et variés, la présentation d’un certains nombres de ces lieux alternatifs semble être un bon moyen de saisir la pluralité des aspects qu’ils recouvrent. Avec une réelle volonté de réaliser un “pas de côté” par rapport au fonctionnement traditionnel de certaines structures, de favoriser des échanges entre des mondes parfois éloignés, les tiers-lieux tiennent un rôle de centres d’expérimentation de fonctionnements alternatifs.

Dans le cadre de ce projet, trois cas ont été étudiés :

  • L’écosystème Darwin à Bordeaux, un “laboratoire d’expérimentation sociale et écologique”
  • L’Agronaute sur l’île de Nantes, une ferme urbaine, productive, solidaire et récréative.
  • Le Solilab sur l’île de Nantes, un lieu d’accompagnement des entreprises impliquées dans l’économie sociale et solidaire (ESS)

Les détails concernant ces trois tiers-lieux sont disponibles dans le rapport détaillé

Un concept presque parfait : de la théorie à la pratique

L’objectif de cette partie est la prise de recul sur la notion afin d’évaluer la cohérence et l’intérêt de ces lieux vis-à-vis des enjeux économiques et sociaux contemporains. Ainsi, la plupart des tiers-lieux adoptent un discours de sensibilisation et de lutte contre le réchauffement climatique et proposent une alternative au modèle global standard. On peut citer les tiers-lieux investis dans une démarche environnementale ou promouvant l’agriculture pérenne, des ateliers DIY (do It Yourself), la réduction de la consommation via la réparation et la réutilisation. Ils présentent aussi l’intérêt d’être locaux et de réduire les déplacements. Les tiers-lieux présentent aussi un avantage certains d’u point de vue social avec la mise en relation des différentes compétences et évitant ainsi la compartimentation utilisé aujourd’hui pour augmenter l’efficacité. Leur autonomie et leur ouverture en font des véritables laboratoires d’innovation. Les tiers-lieux sont adaptables et peuvent évoluer hors des grandes métropoles revitalisant ainsi des zones rurales et moins peuplées

Les tiers-lieux montrent une diversité de modèles économiques (financements publiques ou privés, cotisations ou commercialisation de certains produits ou services). La diversification des financements est un enjeu majeur pour les tiers-lieux afin d’assurer leur pérennité. Cependant, le côté collaboratif du tiers-lieu n’est pas forcément compatible avec certains financement (vente). De plus, les tiers-lieux n’échappent pas aux contraintes financières la principale étant la location de l’espace. Cette diversité montre ainsi la difficulté d’assurer la pérennité de ceux-ci.

Cependant les tiers-lieux présentent aussi des limites sociales telles que la gentrification ou tout simplement le refus de la population locale. En effet, un manque d’implication de celle-ci limite fortement l’impact du tiers-lieu. On peut citer l’exemple de l’Athénée de fabrication Ciutat Meridiana, un fablab barcelonais, qui a été perçu comme trop élitiste et exclusif aux acteurs du numérique. Pour faire face aux effets néfastes de la gentrification, certains tiers-lieux réfléchissent à des processus d’intégration d’un cercle élargi de la population. Par exemple, l’Agronaute organise non seulement des ateliers de jardinage et des événements à thème, mais les fondateurs souhaitent aussi travailler avec des établissements scolaires et des populations jeunes afin d’encourager l’intégration et la popularisation.

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